Le Commando LE LAï

                   
 

Ce Commando, opérationel en Indochine au début des années cinquante, est rattaché à l'Escadron Hors Rang du 1 REC.
Il intervient sur les lignes de "circulation" (pistes) afin d'intercepter les forces ennemies et ainsi, leur infliger des pertes et instaurer un climat d'insécurité et de vulnérabilité chez l'adversaire.
A partir du second semestre 1951 s'opère le "jaunissement" des unités, avec l'incorporation d'autochtones.
Encadrés par des commandos très entrainés, les supplétifs se révèlent d'excellents pisteurs.
En 1952, le Commando est stationné à Phaï Pho, commandé successivement par les Lieutenants Lambert, et Reveille.
Sous les ordres de ce dernier, le commando va s'illustré le 23 juillet 1952, en reprenant deux postes français tombés aux mains du Viet Minh,à proximité de Xuan Daï.
Pour cette action, le Commando est cité à l'ordre de la Division et son fanion décoré de la Croix de Guerre des T.O.E.
Après les opérations menées à Xuan Daï, le Commando est dirigé par le Lieutenant Assier de Pompignan.
Celui çi sera fait prisonnier en mai 1953 lors d'une embuscade au carrefour de Ma Chau Dong qui se soldera par la mort du Lieutenant Théry du 4°escadron, et la perte de deux AM et d'un half-track : seule une AM (sur trois), l'obusier M8 et un half-track (sur deux) en réchapèrent.
Le Lieutenant Besnard reconstitue le Commando puis sera remplacé en novembre 1953 par le Lieutenant Delattre.
Le commando porte le numéro 510 et a pour mission la surveillance et la protection des voies de communication entre Tourane et Hué, dans le secteur du Col des Nuages.
En mars 1954, coup d'éclat du Commando, qui détruit une partie d'un groupe de saboteurs venant de faire sauter par mine, la locomotive assurant le trajet Tourane Hué.
Le 7 juin 1954, le cantonnement du Commando est attaqué par le Viet Minh suite à la trahison d'un supplétif.
Le Commando est décimé, son chef, le Lieutenant Delattre, blessé.
Le commandement du Commando est alors confié au Sergent Chef Penin.

 

L'EMBUSCADE DE MA CHAU DONG ET LA MORT DU LIEUTENANT THÉRY DU 4°Escadron/1°REC

THÉRY Jean, Louis, Marie est né le 25/2/1924 à Arras (Pas de Calais).
Engagé volontaire pour la durée de la guerre le 16/10/1944 au 24° Régiment d'Infanterie,il participe à la campagne des Vosges en janvier 1945.
Caporal le 1/12/1945, il est à l'École des Cadres de Meudon en 1946. Puis, 16°Bataillon de Chasseurs à Pied le 23/9/1946.Sergent le 1/1/1947.
Entre à ESMIA en Mai 1949 et est affecté à la 4°Compagnie, 4°Section.
A la sortie de l'ESMIA, fait le choix de l'Arme Blindée Cavalerie.
Première affectation d'officier : 1°Régiment Etranger d'Infanterie à Sidi Bel Abbès (escadron d'engins blindés).
En Extrème Orient le 14/1/1953 au sein du 1°Régiment Etranger de Cavalerie (Centre Annam).
Tué au combat le 17/5/1953 au Sud de Quang Nam,à Ma Chau Dong, environ 15km Sud de Tourane.
Chavalier de la Légion d'Honneurà titre posthume par décret du 29 Aout 1953 (J.O du 4/11/1953) avec attribution de la Croix de Guerre des TOE avec palme pour une citation à l'ordre de l'Armée :
"Jeune Officier de Cavalerie, plein d'enthousisame,d'allant et de courage. A pris le commandement d'un peloton blindé dès son arrivée en Extrème-Orient et depuis, a été continuellement sur la brèche. Malgré de nombreuses difficultés, a su mener à bien toutes les missions qui lui ont été confiées. S'est distingué en maintes occasions, en particulier dans l'Ile Solange (Province de Quang-Nam) et intervenant avec décision au profit des postes de Van-Ly, de Xuan-Dai et de Bien-Phu. Le 17 mai 1953,son peloton faisant partie de la colonne de dégagement du poste de Tra-Kieu, tomba, en terrain extrèmement difficile, dans une embuscade puissante. Ripostant immédiatement et donnant l'exemple à tous d'un mépris total du danger, fut tué en plein combat, réalisant un magnifique exemple d'héroisme et de sacrifice."

LETTRE D'UN OFFICIER AYANT FAIT PARTIE DE LA COLONNE DE SECOURS (nom inconnu):

"Dans la nuit du 16 au 17 mai 1953, la bretelle de Postes de Tra Kieu a eu deux postes pris sur trois : Ma Chau Dong et Tra Kieu Église. Cette bretelle de postes est la ligne la plus au sud du secteur controlé; ensuite commence la poche viêt de Qui Mhou. Ces deux postes ont été pris par le régiment viêt 108 et un bataillon venu de Cochinchine spécialisé dans l'attaque des convois. Le T.D.108 est le régiment qui avait pris les postes de la région de An Khi (An Khe) cet hiver.
Le 17 mai au matin le secteur de Tourane poussait sur Ma Chau Dong toutes les forces d'interventions disponibles, c'est à dire deux pelotons d'A.M du 1°REC, deux compagnies du IV/2°REI et le commando de supplétifs commandé par le lieutenant de Pompignan, et il demandait du renfort à Hué où on nous dit d'être prêt à démarrer à minuit.
Les forces d'interventions s'installèrent de la façon suivante :
une compagnie vietnamienne à Tra Kieu Eglise, une des compagnies Légion à Ma Chau Dong, l'autre sur la route de Ma Chau Dong, le peloton Théry et le commando Pompignan sur la route de Ma Chau Dong,plus près, l'autre peloton du REC au carrefour de la R.C.1 et de la route de Ma Chau Dong.
Vers 12 heures, les Viets camouflés dans les villages de Ma Chau Thuong et Phuong Chau Tay attaquaient presque simultanément la compagnie du REI de Ma Thuong qui eut tout de suite deux sections perdues et dut se replier sur Ma Chau Dong protégée par la compagnie installée dans le poste repris. D'autre part, ils attaquaient le commando de Pompignan et le Peloton Théry; celui-ci eut une A.M.bazookée tout de suite, son A.M. personnelle s'embourba et il fut tué d'une balle de mitrailleuse de 50 qu'il prit dans la poitrine.Sa troisième A.M. réussit à s'en sortir. Le commando de Pompignan fut entièrement anéanti. Le Peloton d'A.M. qui était au carrefour essaya de se porter à leur secours mais ne put y arriver et fut obligé de se dégager en marche arrière en tirant au canister (obus à billes d'acier opérant comme une chevrotine). L'artillerie ne put pas faire grand chose, l'avion d'observation ayant été abattu presque au début. Il était environ 14 heures quand ce fut fini. On ne put rien envoyer sur place, n'ayant plus d'autres unités de disponibles dans le secteur de Tourane. Ce fut nous, à 200 Km de là, que l'on fut obligé d'appeler. A 17 heures, on nous dit d'être prêts à démarrer en une heure et nous partimes à 18h30 de P.V.17; nous roulames jusqu'à 1 heure du matin jusqu'au pied du Col des Nuages que nous franchimes à 6 heures. A 11 heures, nous avons débarqué au carrefour de la RC 1 et de la route de Tra Kieu et nous sommes arrivés à Ma Chau Dong à 16 heures où nous avons pu débloquer les deux compagnies de Légion bloquées dans le poste, pendant que l'escadron qui avançait sur la route ramassait les cadavres et les blessés graves que les Viets avaient laissés sur le terrain après les avoir pansés. Ils avaient emmené tous les blessés légers comme prisonniers. Nous avons perdu quatre officiers-Théry, Pompignan,l'observateur aérien et un capitaine vietnamien-la garnison du poste de Ma Chau Dong,le commando de Pompignan,deux sections de Légion Infanterie et un peloton d'A.M."

Compléments de la part du Colonel Hubert de LA MORICIÈRE, Lieutenant au 1°Groupement Amphibie du 1°REC au moment des faits.

"En ce qui concerne la mort du Lieutenant THÉRY,j'ai relevé une erreur:"Pas de troupe disponible à Tourane". Or j'étais à Tourane au 1°G.A. Nous étions en réserve EMIFT (Etat-Major Interarmes des Forces Terrestres en Indochine) mais celà ne m'a pas empêché de venir avec le 13°Escadron. Parti vers 13 heures,nous étions à pied d'oeuvre à 14 heures.
Un P.C. opérationnel du secteur était là, au travail, avec le Capitaine Ayguaparra que je connaissais bien, l'ayant eu pour chef de section au 1°B.C.P. en 1946.
Il m'a placé aussitot au carrefour route coloniale-piste vers Chau Bay, remplaçant un peloton d'A.M.
Mission: recueillir tous les éléments venant de l'embuscade et décrocher, sur ordre,dès que tous les éléments seraient passés. L'affaire ayant été jugée anodine par le Commandement, le patron de mon escadron était resté à Tourane pour régler des questions administratives entre deux opérations.
Placé face à l'Est, avec mes trois sections de part et d'autre de la piste, accotées à la route coloniale,je devais empêcher toute infiltration viet venant de l'Est. Une cocoteraie longeait la route mais les abords avaient été dégagés.
Attente morne et fastidieuse. Vers 16 heures,le P.C. me prévient de me préparer à décrocher d'içi 30 minutes. Je vois passer des ambulances,les pelotons d'A.M. que j'avais remplacés, des camions de fantassins et je reçois l'ordre de décrocher. Je faisais rembarquer la 1°section quand un feu nourri est déclenché, par les Viets, venant de la cocoteraie. Débarquement, remise en position. Des coups de feu venant des arrières,je me couvre vers l'Ouest en envoyant une section en lisière d'une autre cocoteraie à 200 mètres de moi. Les Viets sortaient de la cocoteraie est venant de la R.C.1.
Heureusement le P.C. est revenu avec le D.L.O. qui a déclenché des tirs en bordure de la cocoteraie. L'avance Viet a été stoppée au bout de 30 minutes quand les frappes d'obus sont arrivées à 20 mètres de la route. Nous étions protégés par 1 mètre 50 de remblai. Dix minutes après,j'ai reçu l'autorisation de faire un bond jusqu'à la cocoteraie : 3 cadavres,1 fusil,le reste avait disparu. Les 3 blindés restants du Peloton THÉRY sont arrivés,ont décroché avec le P.C.et les camions, et je suis parti avec mes trois sections à pied pour couvrir le repli pendant quelques kilomètres. Par une coulée dans la cocoteraie,j'ai pu apercevoir les Viets brancardant des blessés. Les A.M. les ont arrosés avec quelques obus.
Ce qui prouve qu'un escadron,stationné à Tourane, est intervenu (sans autorisation EMIFT).
A signaler qu'un légionnaire a été tué par une balle de Mauser, les Spring Field et fusils français ne perçant pas le blindage."

Hubert de LA MORICIÈRE.


Devant la tombe du lieutenant Jean Théry, du 4/1 REC, tué à Ma Chau Dong (secteur de Tourane) le 17 mai 1953.
De gauche à droite : Lieutenant Gabriel Clavié, capitaine de Geyer d'Orth, lieutenant Lamiable, lieutenant Leclère.

 

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